Ernest dans la tourmente

Il sauta sur le rebord et décrispa ses muscles tout en cherchant son ami du regard. Etait-il remonté ? Avait-il trouvé une cachette ?

-          Karl, Karl, où es-tu ? Tu m’entends ?

Ernest n’osait pas crier et il commençait à paniquer. Aucune possibilité d’être allé bien loin de toute façon et il ne voyait pas Karl remonter la brèche tout seul. Il fallait se rendre à l’évidence, il avait dû tomber…oui mais il aurait crié… Je l’aurais entendu, se dit Ernest.

Perdu, ne sachant plus que faire, il s’assit, complètement vidé. Même son esprit ne voulait plus rien analyser. C’était fini. Il savait qu’il était arrivé au bout, au bout de…nulle part.

Alors, il se leva et se mit à hurler comme un fou. La suite ne se fit pas attendre, une sphère orange arriva à sa hauteur à une vitesse foudroyante, la porte s’ouvrit, un bras articulé s’avança vers Ernest qui, machinalement, recula contre la roche… Il fut happé en un clin d’œil.

A l’intérieur, Ernest se retrouva face à l’entité qu’il avait rencontrée au restaurant. Ils entrèrent en télépathie immédiatement. Il entendit le sacro-saint discours de son ennemi qui lui répétait sa future défaite et son impuissance. Ernest lui répondit qu’il les en empêcherait. Il regardait autour de lui, curieux de voir cet engin de l’intérieur. C’était comme il l’aurait pu l'imaginer, plein de robotiques, d’ordinateurs et de claviers de pilotage. Cela paraissait extrêmement complexe.

-          Non, vous ne pouvez-vous emparer de mon astronef et ça ne vous servirait à rien. Vous n’avez pas la technicité nécessaire et votre cerveau n’est pas formé à notre pilotage.

-          Oui mais ton cerveau à toi, être de l’espace, n’est pas comme le mien non plus et, à moins de me tuer, tu ne peux pas savoir ce que je vais faire pour vous contrer ! D’ailleurs, pourquoi ne m’avez-vous pas tué ?

-          Parce que tu es l’Elu...

Ernest eut un sourire crispé et répéta "l'Elu" en secouant négativement la tête. Puis, il demanda :

-          Et Karl ?

-          Nous l’avons téléporté chez lui. De toute façon, il ne se rappellera de rien et mourra dans notre prochaine attaque.

-          Et vous, comment on fait pour vous tuer ?

A ce moment-là, un bruit étrange se fit entendre, comme si on les avait percutés. L’être se précipita pour prendre les commandes de la machine, mais malgré son super cerveau et sa grande technicité, celle-ci se mit à tourbillonner tout en chutant dans une spirale infernale.

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L'engin s'écrasa en contrebas dans un bruit assourdissant et endommagea les sphères en stationnement. Quand Ernest ouvrit les yeux, il se retrouva face à face avec son ennemi, inanimé. Ils se regardaient mutuellement, du moins Ernest le croyait, puis il comprit qu'il était mort. Il observait son regard livide, toucha son corps froid et ressentit à la fois un grand soulagement et une grande détresse. Il avait la réponse à sa question ! Ils étaient donc mortels, eux aussi. A la fois puissants et fragiles, donc vulnérables. Il décida de sortir le plus vite possible et alla ouvrir la porte en titubant. Il saignait et passa sa main dans ses cheveux pour sentir une grosse bosse sanguinolente, mais il n'avait pas le temps de s'appesantir sur ce bobo. Du regard, il chercha une poignée puis un bouton ou une manette pour actionner l'ouverture quand d'un coup, la porte commença à s'entrouvrir. Il n'eut que le temps de se cacher derrière celle-ci. Il vit alors un être semblable à son interlocuteur se précipiter vers le cadavre. Il en profita pour se glisser rapidement dehors. Sa crainte de se trouver nez à nez avec une horde d'extra-terrestres fut infondée. Une grande panique régnait et ils étaient tous affairés à régler l'imprévu qui venait de leur tomber dessus ! Il réussit à se cacher dans une petite grotte naturellement creusée dans la pierre. Elle était peu profonde mais suffisante pour se protéger de la lumière et des regards. Pendant qu'il essayait de réfléchir, il faisait défiler les images de ce périple fou. Le seul sens qu'il pouvait donner à tout ça était un non-sens ! Il se retrouvait à nouveau tout seul contre une armada d'extra-terrestres suréquipés, surarmés et certainement surentraînés. Et lui, le grand dadais d'Ernest, il serait l'Elu, le sauveur, le super mec, plus fort que tous les extra-terrestres d'une planète inconnue. Surréaliste !

Son ventre émit alors un gargouillis et rappela au Héros qu'il avait faim. Petit détail que notre surhomme n'avait pas oublié en glissant au dernier moment des paquets de biscuits achetés dans un distributeur à la sortie du magasin de sport ainsi que deux petites bouteilles d'eau. Il en mangea quelques-uns avec délectation, but un peu, tout heureux de n'avoir jamais enlevé son sac à dos, même dans la tourmente. Il n'était pas mécontent d'être encore en vie le jour de Noël, même si c'était le Noël le plus pourri et le plus mémorable qu'il ait vécu ! Que lui restait-il dans sa besace comme cadeaux en ce jour merveilleux : une belle corde, un couteau, une lampe torche, un nécessaire à grimper, des élastiques en caoutchouc, un arc et des flèches (faute d'avoir pu acheter une arme à feu), trois fusées éclairantes, son carnet et son stylo. "Si j'en ressors vivant, j'en fais un jeu vidéo ! Ça y ressemble trop ! Ou j'écris un livre qui sera tiré en film, je serai riche et célèbre !!! Oui, mais comment j'en sors de ce truc de ouf ?"

Oui Ernest et moi, comment j'en sors de ta foutue aventure ! Tu as intérêt à avoir un super plan pour m'aider à raconter la fin de ton histoire parce que sinon Ernest, crois-moi, "tu es mal barré !" comme dirait ta maman... si nous pouvons, elle et moi, nous permettre cette vulgarité !

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Sans plus aucune indication du temps, Ernest ne savait plus à quel moment de la journée ou de la nuit se situer. C'est sans doute pour cette raison et à cause de la fatigue qu'il s'endormit, passant brusquement du réveil au sommeil profond. Ses rêves furent très agités et finirent par le réveiller. Il se demanda combien de temps il était resté dans les bras de Morphée. En tout cas, suffisamment pour avoir repris des forces et du moral. Il sortit la tête de sa grotte et vit que l'armée d'extra-terrestres occupait toujours les lieux. Il était à l'intérieur du cheval de Troie, tel Ulysse et ses soldats grecs, sauf qu'il était seul, comme toujours. "On nait seul, on vit seul et on meurt seul" se répétait Ernest pour se convaincre de l'abandon dans lequel il se trouvait et pour se persuader de la nécessité de son action. Il sortit le couteau de sa besace, l'enfila à sa ceinture, prit son arc dans une main, fit dépasser les pennes des flèches de son sac à dos et s'équipa de sa lampe frontale tout en glissant deux fusées éclairantes dans ses poches. Il devait passer à l'action et ne parvenait pas à élaborer un plan. Il allait attaquer pour détruire le maximum d'engins. Son but premier était d'arriver à atteindre une des machines triangulaires et de trouver leur point sensible pour les exploser. Bien évidemment, s'il y parvenait, il espérait pulvériser toute la flottille ! Il y trouverait la mort et inverserait le processus premier qui avait consisté à ne sauver que lui en tuant les autres et qui maintenant sauverait les autres mais pas lui ! Vous m'avez suivi, là ? Je ne fais que traduire l'esprit d'Ernest. Il a toujours des raisonnements un peu bizarres, je vous l'accorde mais c'est peut-être pour cela qu'il a été choisi. 

Il marchait lentement sous les soucoupes, se cachant derrière les pieds de celles-ci, essayant de ne penser à rien pour que l'un deux ne l'entende pas. Il tremblait comme une feuille mais s'avançait courageusement. Il n'y avait heureusement pas grand monde au sol, les êtres préparant leurs vaisseaux de l'intérieur. Il dut cependant éviter quelques ennemis et observait combien ils étaient tous différents. Un peu comme les humains, semblables et différents. Connaissaient-ils le racisme, les guerres, les horreurs comme nous ? Détruisaient-ils leur planète comme nous sommes en train de la faire ? Était-ce pour cela qu'ils étaient ici ? Quels intérêts, quelles raisons d'exploser la planète ?

Grossière erreur d'Ernest ! Sa pensée reprenait son cours, ce qu'il ne fallait pas faire !

En se retournant pour continuer sa progression, il se retrouva nez à nez avec l'un d'eux. Ils échangèrent un regard inquiet qui permit à l'ennemi de lire dans son esprit. Ernest sortit son couteau et fonça sur lui. Il n'eut que le temps de planter sa lame dans le thorax de son adversaire tandis qu'il recevait une décharge électrique paralysante...

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La violence de la scène percuta l’esprit d’Ernest. Il ne pouvait s’imaginer en machine à tuer. Quelles solutions s’offraient à lui ? Foncer dans le tas et en massacrer le plus possible donc devenir lui-même un monstre ? Laisser les ennemis agir, comme un lâche mais en sauvant son intégrité pacifiste -mais pas sa planète- ? Trouver une solution alternative puisque ces êtres le considéraient comme l’Elu ?

Pour Ernest, la réponse à sa question ne pouvait se trouver que dans la troisième possibilité. Quelque chose était écrit quelque part, une croyance extra-terrestre qui avait permis qu’il ne soit pas raccompagné chez lui avec sa mémoire effacée et surtout que sa vie soit épargnée. Il ne voyait pas d’issu dans l’attaque. Il aurait aimé, comme dans les films, devenir ce super héros qui traque l’ennemi jusque dans ses retranchements et qui, par ses actions, libère la planète des envahisseurs. Mais non, il n’était pas un acteur, il était un homme abandonné, placé au pied du mur…le mur de l'héroïsme ou de la folie !

Il regarda autour et au-dessus de lui et cela le conforta dans son idée : il ne fallait pas se leurrer, sa mission était vouée à l’échec. Il devait exister d’autres bases comme celle-ci sur toute la planète, prêtes à pulvériser les continents. Même s’il la réduisait en miettes, l’action destructrice des envahisseurs poursuivrait son cours.

Pendant cette réflexion, l’action paralysante s’était estompée. Il entreprit de grimper pour se placer à une hauteur suffisante afin de dominer la scène surréaliste de cette attaque en préparation. Il se trouvait maintenant debout sur un renfoncement.

Il prit une flèche, arma son arc et la lança. Elle n’atteint aucune cible et percuta les vitres d’un engin. Il en envoya une seconde, puis une troisième et constata enfin une certaine agitation. Ils cherchaient d’où provenaient ces ridicules projectiles.

Alors, Ernest lança une fusée éclairante qui, en l'illuminant, fit de lui un être de lumière…

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Tous les regards convergèrent vers lui, il se tenait toujours debout, un bras encore en l’air, tout en les défiant du regard. Son courage et sa fierté l’emportaient sur sa terreur. Il était là dans toute sa lumière et, soudain, disparut lorsque la fusée s’éteignit. Il entendit alors une rumeur montante, celle des voix étranges de ces êtres venus d’ailleurs. C’était un gros brouhaha de sifflements qui s’éleva un long moment pour finalement baisser jusqu’à ce que le silence emplisse les lieux. Dans la nuit, les larmes coulaient sur ses joues et il n’aurait pas fallu grand-chose pour que notre héros s’écroule. Son cœur battait trop fort dans sa poitrine, sa respiration devenait bruyante et malgré le froid, des gouttes coulaient dans son dos. Il voulut leur parler mais aucun son ne sortait de sa bouche. Il ne put opposer aucune résistance quand une autre sphère s’approcha de lui. Elle l’éclaira de sa lumière orange et Ernest descendit son bras jusqu’à l’horizontale pour montrer la paume de sa main. La machine s’arrêta et il lui sembla même qu’elle avait reculé.

Elle envoya un rayon sur le dessin géométrique incrusté dans sa chair. Une projection géante de cette image apparut sur la roche du volcan, provoquant un grand sifflement dans la population extra-terrestre. Ernest baissa les yeux et les vit, à genoux, tête penchée comme s’ils avaient vu une apparition devant laquelle ils s’inclinaient. Ce fut alors une certitude, il avait un rôle à jouer, un rôle déterminant.

Aussi, quand la sphère déroula devant lui un tapis rigide, Ernest n’hésita pas à y entrer. Il marchait lentement, d’un pas solennel, savourant ce qui était pour lui les derniers instants de sa vie. Si son sacrifice pouvait sauver la planète, il était prêt.

Quand la sphère se referma sur lui, il se mit à considérer l’être aux commandes de l’appareil. Il ressemblait beaucoup à celui qui était mort dans l’accident. Sa tête était plus longue, presque oblongue et ses yeux un peu trop grands. Ses mains molles effleuraient les boutons. Il semblait ne pas vouloir croiser son regard et ne rentra pas en télépathie avec lui lorsqu’Ernest tenta de lui parler par la pensée. Notre surhomme hésita à lui dire quelque chose de vive voix, mais décida finalement de se taire. La communication semblait difficile. Puis Ernest observa les divers ordinateurs. L’un deux, central, était composé d’une matière brillante dans laquelle se reflétait tout ce qui se trouvait à l’intérieur.

« Tout…se dit Ernest en frissonnant, tout, bien sûr, sauf moi ! »

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A peine eut il jugé de son incapacité à s’admirer dans la matière réfléchissante de l'ordinateur que la sphère s'immobilisa plus bas, sur une seconde plateforme naturelle de la roche. La porte s'ouvrit, invitant Ernest à sortir et à se présenter aux aliens. Quand il se fut tourné face à eux, il réalisa qu’il était beaucoup plus proche. Impressionné, il n'arrivait plus à parler. Non que cela lui fût impossible mais plutôt à cause de cette satanée trouille qui le paralysait - sans aucune intervention extra-terrestre-. Ne sachant que faire, il montra à nouveau la paume de sa main, ce qui provoqua inévitablement une montée de sifflements qui lui semblèrent admiratifs. Il retint un sourire car cela lui parut digne d'une scène comique. Il s'imaginait levant et baissant la main pour susciter la répétition de cette réaction. Mais l'heure n'était pas à la plaisanterie. Il devait parler, il n'était pas là pour sa beauté physique. « Quoique je ne suis pas mal », pensa-t-il.
Il se demanda s’il devait commencer son discours avec humour, mais au moment enfin de s’exprimer, il comprit qu’il n’était pas dans un jeu vidéo, un film ou une histoire inventée par un esprit plus tordu que lui. Il était avant tout le seul être au monde à qui on avait donné le pouvoir absolu et qui mènerait la planète à sa perte s’il ne prenait pas sa mission au sérieux.

« Je ne sais si vous allez me comprendre, je ne parle pas le même langage que vous et vous êtes une armée. Quand on met en marche une armée telle que la vôtre, avec des projets énormissimes de destruction massive, que peut un homme seul, un homme comme moi contre…

- Tu n’es pas un homme seul, tu es l’Elu !

- Qui parle ? je ne te vois pas.

- Pardonne-moi, je suis un interprète et mon nom est Pythagorus, ce qui ne te dira rien mais je représente l’étoile de la galaxie Orion, voisine de votre système solaire. Je suis en bas, au milieu de tous mais je ne peux pas encore me montrer.

- Non, au contraire, tout cela me parle ! Je connais Orion, enfin j'ai déjà entendu ce mot. Quant à ton nom, il ressemble fort à celui du célèbre théoricien Pythagore. Y a-t-il un lien avec notre monde ?

- Oui, nos deux mondes fonctionnent en parallèle mais notre civilisation est plus avancée que celle des terriens. Nous sommes venus sur votre planète et nous avons laissé des traces de notre passage ainsi que des messages. Mais vous n’êtes pas encore arrivés à un niveau suffisant pour les décrypter.

- Et c’est pour cela que vous allez détruire la vie sur la terre ?

- Non, la raison n’est pas là.

-  Alors attendez un peu, laissez-nous encore tranquilles et revenez quand nous aurons évolué ! On vous dira plus tard !

- Ce n’est pas aussi simple ! Dans ces messages, nous vous mettions en garde contre les dangers de votre système écologique. Or, l’homme est ainsi fait : l’intérêt, l’argent priment sur la vie !

- Oui, je sais tout ça. Mais si vous êtes décidés, à quoi je sers ?

A ce moment-là, l’être sortit de l’ombre. Ernest poussa un cri de surprise et son visage marqua l’incompréhension. Il bafouilla :

- Non, ce n’est pas possible ! Tu es, tu es…

- Oui, Ernest, c'est moi.

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- Je pensais que tu n'existais que dans la faille intemporelle. Tu m'as suivi ? Où étais-tu tout ce temps, Le Sage ?

- Je ne suis pas qui vous croyez, je suis une image, une représentation mentale de votre esprit. Vous pensiez trouver Dieu dans la faille. Alors, j'avais pris cette forme. En vérité, je vous le dis, je suis ce que vous appelez un alien. Je ne vous ai pas suivi, je n'en avais pas besoin, je savais que vous trouveriez ce lieu dans lequel nous préparons l'assaut final. J'étais avec les miens et nous pouvions voir d'ici tout ce qui se passait. Si vous n'étiez pas venu, nous serions allés au bout de notre projet de destruction car, pour une raison que vous ignorez encore, vous seul avez le pouvoir car vous êtes le lien qui unit nos deux univers.

- N'importe quoi ! hurla Ernest, tout ça, c'est n'importe quoi !

- Vous n'êtes pas au bout de vos surprises ! Vous feriez bien de vous calmer et d'analyser tout ce que vous avez vécu ! Ne sentez-vous pas qu'un secret vous entoure ? Quel pourrait être votre pouvoir, vous devant qui on se prosterne ? Avez-vous une idée de ce que vous pouvez être ?

- Un pauvre homme, à bout de forces, aux limites de la raison, un être affamé, désespéré, qui croit vivre une aventure extraordinaire dont il sera le héros mais que vous allez pulvériser comme tous les autres terriens. Je suis un jouet, peut-être, une marionnette et vous tirez les ficelles, toi le Sage et tous les tiens ! Mais qu'est-ce que je fous là ?

- Vous êtes là pour eux.

Ernest frotta son visage dans ses mains et passa ses doigts dans ses cheveux d'un geste qui les ébouriffa. Il essaya de visionner rapidement les différentes étapes qui l'avaient amené ici et quelque chose d'assez évident, troublant même, effleura son esprit : il était mort à trente-trois ans et on l'avait ressuscité pour sauver les hommes ! Il avait pu rencontrer et approcher des êtres venus des cieux, donc des êtres célestes... il avait une mission et on l'appelait l’Élu...Alors que la fin du monde était annoncée, on l'avait rappelé d'entre les morts... Soit il s'agissait d'une manipulation mentale, soit effectivement, une nouvelle ère s'ouvrait au monde. Des frissons parcoururent son corps...Il sut ce qu'il allait faire et ouvrit ses bras vers le peuple alien. Sa voix se mit à siffler :

" Sur cette planète, vous trouverez de l'eau, vous partagerez votre science avec les hommes et vous récupèrerez le plutonium et toutes les substances radioactives dont votre planète a besoin. Vous reconstruirez votre monde en interaction avec les êtres qui peuplent la Terre. Mais si vous détruisez tout, vous vous détruirez vous-mêmes et au nom de quoi, mes frères, au nom de quoi ??? Je suis là pour vous et pour l'univers. Oui, cette planète arrive en fin de vie mais vous y découvrirez encore des richesses. Je comprends que les hommes vous dégoûtent car ils ont fait de ce monde un univers de perversité et d'argent. L'avidité, la cupidité, le mensonge, la terreur, les guerres, les tortures, vous ne les empêcherez jamais, mais la lutte continue tant qu'il y a l'Amour et le Bien."

Pythagorus s'approcha de lui et tendit une forme lumineuse qu'il mit dans sa main droite. Le contact provoqua une décharge qui tétanisa notre homme et le fit entrer dans une transe violente. Lorsqu'Ernest ouvrit les yeux, il sut enfin pourquoi on l'appelait l'Elu !

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Il se sentit tellement différent qu’il ne put s’empêcher de tâter son corps. Ses gestes lui parurent fonctionner au ralenti et il regarda ses mains. Elles semblaient s’être allongées et la mollesse de ses doigts lui fit écarquiller les yeux de surprise. Il toucha un visage qui n’était pas le sien, un visage où le nez et les oreilles avaient disparu. Il flottait dans des habits devenus trop grands pour lui. Il devina son corps chétif sous les vêtements. L’évidence le clouait sur place.

-          Vous m’avez transformé ! hurla-t-il dans un sifflement perçant.

-          Non, tu es enfin toi-même, articula Le Sage en s’approchant de lui.

A ce moment-là, Ernest croisa le regard du vieillard et fut troublé.

-          Tu es une image, m’as-tu dit, tu es un alien mais tu as les yeux de Karl.

-          Je suis lui aussi !

A ce moment-là, il prit l’apparence de Karl.

-          Je t’ai guidé jusqu’ici, tu croyais que le hasard nous y avait emmenés ? Non, j’attendais ce moment depuis ta naissance.

-          Je ne comprends pas…

-          Tu ne veux pas comprendre, tu es des nôtres, envoyé en mission sur terre.

-          Mais… j’ai grandi au milieu d’humains, j’ai…

-          Tu t’es toujours senti différent, n’est-ce pas ? Ta mère n’a jamais su que son mari était d’une autre planète et elle t’a enfanté dans l’amour. Tu étais petit quand ton père a disparu. On ne l’a jamais retrouvé. Il n’était pas mort, il était juste revenu parmi les siens. Tu es un mutant, mi-homme, mi-alien.

Ernest se revit alors, dans la salle de jeu avec son père. C’était un homme si beau, si gentil, non …pas un homme alors… une image paternelle seulement. Il racontait de très belles histoires de mondes parallèles, parlait de l’immensité de la galaxie tout en expliquant qu’elle était une infime partie d’un univers et qu’il faudrait compter les galaxies existantes en terme de milliards. Cela ne voulait pas dire grand-chose pour un enfant de huit ans. Mais cela le fascinait : son père était un astrophysicien réputé, ce qui l’amenait à parcourir le monde pour des conférences planétaires. Un jour, il lui avait dit qu’un destin exceptionnel attendait Ernest et que, quoiqu’il arrive, il serait toujours là pour lui.

-          Mais alors, où est mon père ?

-          Je ne pense pas que ce soit le plus important en ce moment. Nous avons des décisions à prendre.

-          Je veux savoir et je ne vois pas pourquoi vous ne me répondez pas.

-          C’est difficile, Ernest.

-          Difficile ? Dites le moi, je l’exige.

-          Très bien Ernest, ton père n’est plus…

-          Il est mort ?

-          Oui, Ernest.

-          Que s’est-il passé ? Allez, je suis prêt à tout entendre !

Un long moment de silence eut lieu, Pythagorus-Karl-Le Sage-l’alien hésitait à parler. Il murmura :

-          Tu l’as tué, Ernest.

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La phrase prononcée laissa notre homme sans voix. Il ne comprenait pas. L’information faisait le tour de son cerveau mais elle dut prendre des méandres si complexes qu’Ernest ne parvenait pas à l’assimiler. En même temps, il était tétanisé, anéanti, complètement abasourdi… Il aurait aimé dire : « je n’ai tué personne ! » mais il se revoyait poignardant cet alien.

-          C’était mon père ?

-          Oui

-          Comment ça ? vous êtes des centaines et le seul que je croise et que je tue, c’est juste mon père !!! Vous croyez que vous allez réussir à me faire gober ça ?

-          C’était écrit, Ernest.

-          Qu’est-ce que vous racontez ? Si c’était écrit, il y a un dieu alors ! Mais ce n’est pas possible…

-          Et pourquoi cela ne serait pas possible ? Nous avons des croyances nous aussi, nous n’avons pas percé les mystères de la création, nous croyons à une divinité…

-          Oh là là, une divinité de plus ! Ne croyez-vous pas que toutes ces religions ont engendré suffisamment de guerres et d’horreurs ?

-          Ce ne sont pas que les croyances qui sont la source du mal ! Ce n’est pas aussi simple que ça…

-          Mais rien n’est simple ! Même cette histoire nous dépasse ! Je suis l’Elu, je représente donc à la fois le fils de Dieu et le fils de votre divinité, si j’ai bien compris. En tant que tel, je dois pouvoir intervenir sur votre avenir et celui du monde, c’est cela, non ? Alors l’être que j’ai tué ne peut être que mon père biologique mais pas mon père spirituel. Croyez-vous qu’on peut pleurer sur l’un et espérer dans l’autre ?

-          Non Ernest, tu ne peux compter que sur toi-même…

-          Et vous ? Vous comptez sur moi aussi ?

-          Nous t’attendions, tu le sais, donc oui.

-          Alors, allez-vous-en. Prenez ce dont vous avez besoin et repartez dans votre univers. Nous continuerons de vivre en parallèle et le monde courra à sa perte, c’est inéluctable. Sauvez votre civilisation et laissez les humains à leur sort.

-          On ne peut pas, Ernest. On est liés…

-          On est liés… répéta Ernest. A la vie, à la mort ?

-          Oui

-          Alors, j’ai peut-être une idée...

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Très inquiet, Ernest se leva ce matin-là avec de terribles angoisses. Il allait sauver le monde ou le plonger dans le chaos. Ce n’était pas une simple résolution de début d’année, c’était un évènement exceptionnel, un challenge, un défi !

Aussi ne fut-il pas étonné en se levant de constater que son café avait la couleur du sang. Le grésillement de la télé et l’absence de son reflet dans le miroir vinrent confirmer que le grand jour était bien arrivé. Alors il courut comme fou vers la porte d’entrée qu’il dégonda avec furie, se précipita à l’extérieur et fit un bond phénoménal vers le plus gros engin spatial qui s’était posé en face de sa maison parmi des centaines d’autres soucoupes de tailles et de formes variées. Il atteignit le sommet de cet appareil et souleva la porte du dessus sans avoir besoin de manipuler une poignée. Quand il sauta à l’intérieur, il eut la surprise de voir la moitié de son corps se transformer en alien.

Mi-homme, mi extra-terrestre, Ernest sentit qu’il pouvait diriger cet engin et commander les autres, rien qu’avec son esprit. Cela dépassait ses espérances ! Il fallait agir vite. Il ne fut pas repoussé non plus par les occupants de la machine dont les sifflements agités prouvaient leur joie et leur espoir.

Alors, il fit s’élever la machine dans les airs, suivie par l’armée entière des envahisseurs. Ernest toucha un écran d’un de ses longs doigts et le planisphère de la Terre s’étala devant lui. Tous les points mauves indiquaient où se trouvaient les centrales nucléaires du monde. Ernest entreprit de les toucher pour déclencher le processus de récupération. Il commandait ainsi tous les engins qui devaient extraire la radioactivité des réacteurs. Ceux-ci convergeaient vers le point indiqué, aspirait tous les noyaux atomiques contenus dans les centrales et repartaient immédiatement vers leur planète, à la vitesse de la lumière.

Ernest savait que ce serait long : plus de 400 centrales à explorer, cependant il n’avait pas le choix. Son action serait une catastrophe économique, une solution radicale et extrème qui allait plonger la planète dans un chaos dont elle aurait du mal à se remettre. Il hésita encore pour désigner la seconde centrale et au moment précis où il appuyait sur le bouton, une déflagration assourdissante se fit entendre.

Les mains sur les oreilles, non, pas les oreilles, il n’en avait plus…les mains sur les orifices latéraux, Ernest se jeta au sol.

Apparemment, tout ne se passait pas aussi facilement que prévu…

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Mais que croyait-il, notre Ernest ? Que les humains allaient se laisser piller sans réagir ? Aucune hésitation pour les commandants de la forme armée ! La défense s'était immédiatement organisée face à cette invasion. C’est un missile lancé de la base militaire d’Istres qui avait frôlé la machine pilotée par notre héros interplanétaire…notre héros qui n’en était plus un à cet instant précis : vous le voyez, là, couché au sol avec ses jambes d’homme et sa tête d’un autre monde, les doigts interminables plaqués sur ce qui lui sert d’ouïe et cachant en même temps ses yeux immenses dans un petit visage pointu. Il tremble, se rappelant sa phobie de l’avion. Il avait réussi à l’occulter, tant il était dans l’action, persuadé que son titre d’élu et sa transformation physique lui donnait de nouveaux pouvoirs et une autre conception du vide. Mais, là, dans la terreur de la tourmente, les vielles peurs ancestrales, inexpliquées et inexplicables reprenaient le dessus. Les sifflements des autres passagers le rappelèrent à l’ordre : ils avaient mis en route un processus de protection du vaisseau. Oui, une sorte de protection extérieure comme on voit dans tous les films de science-fiction, qui entoure la machine et repousse les attaques armées.

Rassuré, Ernest bondit sur son siège et toucha frénétiquement les points mauves de la carte. Il fallait se dépêcher, ne pas leur laisser le temps de souffler, attaquer dans tous les coins de la planète…Il appela ses co-pilotes pour l’aider mais ils n’avaient pas le droit : seul l’Elu pouvait enclencher cette série d’actions !

La bataille dura des jours et méthodiquement, les engins ponctionnaient tous les réacteurs. Dans l’eau, des machines livraient même des combats avec des sous-marins pour récupérer tous les déchets radioactifs enfouis dans la mer, d’autres sur terre foraient les lieux où l’homme avait stocké ces monstrueux restes indestructibles avec lesquels on polluait irrémédiablement le sous-sol. Les combats acharnés firent beaucoup de morts autant chez les militaires que chez les civils travaillant dans les centrales. On déplora de nombreux dommages collatéraux dans les villes et les villages alentours.

Quand il eut fini, Ernest, épuisé, ne s’étant pratiquement plus alimenté depuis des jours, n’ayant même plus dormi, perdit connaissance.

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-          Bonjour, Ernest, comment te sens-tu ?

Il ouvrit les yeux et voulut se tourner. Une petite douleur l’obligea à interrompre son mouvement. Il aperçut alors l’aiguille enfoncée dans le creux de son bras. Il suivit le tuyau du regard, ce qui l’amena à constater qu’un goutte à goutte avait été placé dans sa veine. Il parcourut la pièce des yeux : il faisait sombre et une bougie éclairait la chambre, la chambre de son enfance.

-          Maman…

-          Oui, mon fils, c’est moi. Je suis heureuse de te savoir en vie après ce que nous avons vécu. Où étais-tu pendant cette attaque ?

-          Je me suis battu, maman, mais ils ont été plus forts que nous. Heureusement, ils nous ont épargnés.

-          Que dis-tu là Ernest ? Ils ne nous ont pas épargnés, on les a repoussés sinon nous serions tous morts. Ils n’ont réussi qu’à prendre nos ressources atomiques. Ce sera peut-être un mal pour un bien. Ça me faisait peur, le nucléaire. On va revenir à l’énergie hydraulique quand tout sera réparé.

-          Tu penses ce que tu veux, maman. De toute façon, si je te racontais ce qui m’est arrivé, tu ne me croirais jamais.

-          Allons, allons, tu vas me faire rire si tu continues ! Et pourtant, je n’ai pas le cœur à ça, beaucoup de gens ont perdu la vie. C’est un miracle que l’on se retrouve toi et moi. Je t’aime, Ernest. Et ce n’est pas la peine d’inventer des histoires rocambolesques, je suis sûre que tu faisais partie des défenseurs et que tu t’es engagé rapidement auprès de nos forces armées.

-          En quelque sorte, maman chérie. Je t’aime aussi.

 Ernest essaya de s’asseoir dans le lit et sa mère se précipita pour l’aider à se relever. Elle vit tout de suite l’étrange brûlure sur la paume de sa main quand il lui fit signe de ne pas intervenir.

 -          C’est curieux, ta marque…ton père avait la même mais comment est-elle apparue ? Tu ne l’as jamais eue avant…

 Là, Ernest se mit à pleurer, comme un enfant, à pleurer et à parler…Il raconta tout, dans un déferlement de paroles, enchaînant son récit avec force de rebondissements. Elle était là, abasourdie, écoutant cette histoire surréaliste. Elle écarquillait les yeux, prononçait des « oh !» et des « ah !» sur des tons différents en fonction de la narration d’Ernest.

A la fin de ce récit, elle secoua la tête et des larmes perlèrent à ses cils. Elle avait de la peine pour lui, son pauvre petit qui avait perdu la raison. Mais peut-être lui faudrait-il du temps… Plus tard, il comprendrait que ce n’était que des hallucinations… Elle eut l’intelligence de ne rien dire. Elle passa juste sa main dans ses cheveux et murmura en l’aidant à s’allonger : « mon chéri, repose toi, maintenant »

Allongé, les yeux clos, Ernest se remémorait les évènements. Il avait hâte de retrouver des forces car un certain détail lui était revenu à l’esprit. Un détail qui pouvait avoir son importance et qu’il n’avait pas encore exploité…

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Il ne lui fallut pas plus de quelques jours pour reprendre des forces. Il était pressé d'aller voir les rues de son village. Qu'en restait-il ? Sa maison était-elle encore debout ? Les locaux de son travail étaient-ils touchés, devait-il reprendre son poste ? Il n'arrivait à obtenir des réponses précises à ses questions comme si sa mère essayait encore de le protéger. Il enfila des habits propres qu'elle lui avait préparés. Il ne les connaissait pas mais ne pensa même pas à lui demander la provenance de ces vêtements. Son esprit était obsédé de ce qu'il allait trouver à l'extérieur et de la suite des évènements. Et surtout, il pensait à ce petit truc qu'il avait négligé et qui lui paraissait à présent extrèmement important.

Malgré les supplications de sa maman, il se dirigea vers la sortie. Son coeur battait un peu plus fort dans sa poitrine quand il se retrouva dans les rayons du soleil. Il plissa les yeux et constata qu'ici, tout allait bien. Par précaution, il choisit de faire son trajet à vélo, il emprunta donc celui de sa mère. Il ne savait pas ce qu'il pourrait trouver. Il traversa le centre puis se dirigea vers le village suivant qui était le sien. Des voitures roulaient, c'était bon signe. Il croisa un barrage de police qui le laissa passer sans problème puis il arriva enfin aux abords de sa commune. Il constata avec tristesse qu'une partie du village avait été réduit en miettes et il eut des frissons en pensant aux habitants qui n'avaient pas survécu. Le côté droit du village semblait moins touché et il arriva enfin devant sa maison. Elle avait souffert de la bataille mais tenait encore debout, ses volets bleus illuminant la façade. Il jeta son vélo dans le jardinet et se précipita à l'intérieur.

Il se mit à chercher frénétiquement son vieux portable de dépannage qui était encore chargé et tenta d'appeler Karl. A sa grande surprise, une voix se fit entendre :

- Karl !

- Ernest ?

- Oui, comment vas-tu, mon vieux ? Je suis trop content de t'entendre ! Deborah a pu rentrer de Hongrie ?

- Oui, moi aussi, je suis content mais merci, oui Deborah et moi-même sommes rentrés à bon port malgré les évènements car nous étions de retour juste la veille.

- Je ne comprends pas...Karl, tu étais avec moi. Après tout ce que nous avons vécu, nous sommes des potes, non ?

-  Oui, nous sommes des collègues de travail.

Ernest était sans voix. Il avait été manipulé. Karl ne l’avait pas aidé, c’était bien cet alien qui avait pris toutes ces formes humaines. Ou alors, on avait effacé la mémoire de Karl après l’avoir utilisé. Dans tous les cas, Ernest se sentait mal. Et si, en fait, tout n’avait été qu’illusion pour se servir de lui … Oui, mais alors pourquoi lui ? Et quelle pourrait être alors cette étrange coïncidence qui unissait un père disparu et un fils grâce à une marque extraterrestre. Une autre manipulation…qu’il ne connaîtrait jamais puisqu’elle concernait son père. Ah ! Mais pour résoudre cette énigme, Ernest décide de sortir sa dernière carte : le petit détail qui a toute son importance, petit lecteur curieux !

Quel détail ? Eh bien suivez Ernest qui est en train de se précipiter à l’endroit clé de l’histoire !

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Non, lecteurs assidus et passionnés, c’est moi, Ernest, qui vais vous raconter la suite des évènements. Les choses sont mieux dites par ceux qui les vivent.

J’ai vraiment couru dans la maison –« comme un fou » vous dirait Hélène-  jusqu’à la cuisine ! Je suis allé droit vers le placard où j’avais laissé le pot en verre qui contenait l’étrange substance grattée dans la faille intemporelle. Je voulais en avoir le cœur net.

Après avoir repris contact avec Karl, j’ai pu trouver un laboratoire sérieux pour analyser la poudre blanche. Je m’attendais à tout, sauf à ce que ces chimistes extraordinaires allaient découvrir.

Une semaine plus tard, dans un monde qui avait déjà enterré ses morts et qui se préparait à une nouvelle ère, la nouvelle sonna comme un glas !

On frappa à ma porte et Karl entra avec un visage décomposé.

-          J’ai les résultats…

-          Calme ta joie, Karl !

-          Je suis très ému, Ernest. Ce que j’ai à t’annoncer est tout simplement…

-          Bon arrête de me faire languir. Alors, c’est quoi ce truc blanc ?

-          Ils n’ont pas réussi à l’identifier, c’est une substance inconnue.

-          Ah oui ? Waouh, alors tout était vrai, j’ai réellement vécu tout ça, alors ! J’ai vraiment sauvé le monde, enfin en partie…

-          Je ne sais pas, je ne peux pas te dire.

-          Mais je ne veux pas que tu me dises, Karl. Le fait que ce soit inconnu me suffit pour me le prouver à moi-même, c’est tout.

-          Non, ce n’est pas tout, Ernest, écoute bien ce que je vais te dire…

Et là, amis ou ennemis lecteurs, vous ne saurez pas ce que Karl m’a révélé. Et toi, la baveuse, tu vas te taire ou je fais fermer ton site !

Cette poudre recèle des possibilités inespérées : c'est un nouveau combustible révolutionnaire qui a la propriété d’être cultivé et donc développé à une échelle mondiale, un combustible sans danger pour la planète et qui va permettre à des milliards d’individus de se chauffer et de se déplacer. Bien sûr, je ne doute pas qu’un jour ils trouveront comment l’utiliser à des fins militaires… Je ne donne pas cher de l’humanité en ce monde… et pourtant, j’aime à penser que je l’ai sauvé.

Personne n’a jamais su que j’étais un héros (ou un élu ou un lâche embarqué dans une histoire qui le dépassait).

Je coule actuellement des jours heureux sur une île. Ma découverte m’a apporté l’argent, l’amour, que dis-je la richesse !

Je crois finalement que c’est un peu mérité, non ?

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Date de dernière mise à jour : 07/04/2013

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