Zig et Zag (suite)

Arrivés dans la grotte, ils mettent du temps avant de trouver le coffre. Ils ouvrent les vieilles armoires de la sorcière pour découvrir les flacons et les plantes, entreposés sur les étagères. Des fils d'araignées pendent ça et là qu'ils doivent écarter de la main. Ils ont plus peur de tomber nez à nez avec une araignée que de voir réapparaître la sorcière du lac.

Ils trouvent également des poupées très laides et des pantins désarticulés. Pourquoi de tels jouets ? Était-ce un sort jeté à des enfants ? Et dans quel but ? Ils sursautent chaque fois qu'ils ouvrent une porte ou qu'ils découvrent ce que contiennent certains flacons : serpents, grenouilles et crapauds, insectes, os et fœtus d'animaux.

A force de chercher, ils finissent par trouver le coffre au fond d'une malle qui renferme les vêtements de la sorcière. Tous ses habits sont gris ou noirs, troués par endroits et larges pour une personne de la taille de la méchante femme.

- En plus, murmure Zag, elle n'avait aucun goût pour s'habiller.

Ils attrapent ensemble le coffre qui est lourd, le sortent de la malle et Zig fait sauter la serrure avec son couteau. Ils découvrent alors avec stupeur le contenu de celui-ci.

 

 

Le coffre ouvert leur semble encore plus grand. Il est en bois avec des ferrures rouillées et l'intérieur est tout matelassé, couleur vert clair. Au milieu, trône l'objet magique !

- Quoi ! s'écrie Zig, n'importe quoi !

- Un crayon noir !!!

- Mais on en avait plein à la maison ! J'aurais pu en emporter un !

- Oui, mais les tiens ne sont pas magiques.

- Peut-être... tu as raison. Bon, Zag, je te laisse le prendre et on y va.

Zag tend la main pour s'emparer du crayon mais au moment où ses doigts le touchent, il se transforme en serpent.
Elle retire sa main dans un geste bien naturel de surprise et de peur... Le serpent glisse du coffre et disparait sous les meubles. Les enfants hurlent leur colère. La sorcière est-elle bien morte ? Comment ce sortilège a-t-il pu se produire ?

Les voici à quatre pattes cherchant le serpent... Zig s'est armé d'un bâton trouvé contre le mur de la cheminée. Je l'ai vu ! crie-t-il en coinçant le serpent sous l'armoire d'un geste brusque pour immobiliser le serpent à l'aide de son bâton. Mais au moment où celui-ci coince l'animal, une décharge violente électrique oblige Zig à le lâcher.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Tu as mal ?

- Non, répond Zig en se relevant.
Il se tourne vers sa sœur. Il a envie de rire quand il la voit faire une grimace. Mais son envie est de courte durée car elle se met à crier et sort en hurlant de la grotte de la sorcière. Son frère a été transformé par un maléfice horrible.

Il la rejoint pourtant en chantant, car il montre, victorieux, le crayon magique, éclairé par une lumière venant de nulle part.

Hélas, il ne sait pas encore que ses yeux sont ceux d'un serpent et que sa langue est fourchue ! Il est devenu un monstre ! Zag s'effondre, en larmes...

- Qu'est-ce que j'ai ?

- Tu ne ressens rien ? C'est ta tête, Zig...

Zig touche son visage. Il ne semble pas comprendre. Alors il s'approche du lac et se penche sur l'eau du lac pour y découvrir son reflet.

- NOOOOOOOOOON ! Je suis un monstre !

Il regarde avec horreur sa longue langue fine séparée en deux à son extrémité. Il secoue la tête et le désespoir l'envahit.

- Calme-toi ! On va aller voir le dragon et il va trouver une solution. Je t'en prie, Zig, suis moi. Il faut terminer cette aventure. Si maman est rentrée, elle doit nous chercher, ils ont dû appeler la police.

Et les voilà, tous les deux en pleurs, marchant à grands pas vers l'antre du dragon...

Ils arrivent dans la forêt. Le dragon est resté là à les attendre.

- Mais que vous est-il arrivé ? Je crois que la sorcière a laissé des maléfices dans sa grotte. Je ne sais pas si je suis capable d'arranger ça, Zig, mais j'ai bien un plan. Montez sur mon dos.

Les enfants s'accrochent à ses épines, ils ont l'habitude maintenant et qu'ils aient peur ou pas, ils n'ont pas le choix. A vol de dragon, son antre n'est pas très loin, juste après la forêt : c'est un éboulis de rochers et l'entrée est étroite pour un bête de cette taille, mais suffisante pour passer et se cacher.

Une fois à l'abri, le dragon révèle enfin son secret. Zig et Zag l'écoutent, bouche bée.

Le pauvre monstre a subi la magie noire de la sorcière du lac. Elle a transformé son nez en un bout de souffre. Le souffre, c’est ce que l’on trouve au bout des allumettes. En faisant cela, elle a condamné le dragon à ne plus pouvoir cracher du feu. Sa truffe s’enflammerait et, sans elle, il ne pourrait plus respirer et cela le tuerait. « Cela nous explique enfin pourquoi il a un nez rouge !!! » pensent les enfants.

C’est là que Zig et Zag peuvent intervenir et l’aider. Le dragon leur explique alors comment faire. C’est d’après lui, la première étape indispensable de son plan…

Le dragon se couche sur le sol avec l'aide des enfants. Le poids de sa colonne est trop lourd pour qu'il puisse s'allonger ou se relever tout seul. Personne ne le sait : c'est le point faible de ces grosses bêtes. Zig et Zag viennent donc d'apprendre un autre secret. Ils doivent ne le dire à personne, cela mettrait la vie des dragons en danger !

Enfin, cette position permet aux enfants d'être à la hauteur du nez de leur nouvel ami. Ils sont encore petits et maladroits et leur mission est difficile. Tout d'abord, ils doivent gommer le nez du dragon. Ça, ce n'est pas compliqué mais, après, ils doivent le dessiner. Et attention, il doit ressembler à un nez de dragon !

- Mince ! C'est comment ? s'inquiète Zag.

- C'est comme une truffe de chien, non ?

- Oui, ok, Zig ! Dis-moi comment on dessine une truffe ? Ah ! Tu vois, tu n'en sais rien ! Mamie, tu aurais dû venir avec nous, tu nous aurais aidés !

- Vous avez une gomme, vous pouvez faire plusieurs essais ! Mais attention, si vous vous manquez trop souvent, le dernier nez que vous m'aurez fait quand vous aurez usé votre gomme sera définitif ! Je pourrais vivre si vous n'oubliez pas de me dessiner les narines, je pourrais cracher du feu, mais je serais ridicule ! Ne ratez pas mon nez, sinon...

- Sinon, quoi ? s'écrie Zig en montrant son couteau.

Le dragon ne répond pas et souffle bruyamment, ce qui fait sursauter nos deux chirurgiens artistes !

Commence alors une véritable opération. Il faut s'appliquer et essayer de se rappeler à quoi peut ressembler un nez de dragon. Est-il arrondi, pointu ? Possède-t-il une forme animale comme le museau des chats ou des chiens ? N'y a-t-il que deux trous comme les serpents ? Faut-il l'allonger un peu ? Non, bien sûr, pas comme une trompe !!!

Zag est très sérieuse mais Zig rit en s'imaginant ce qu'il pourrait s'amuser à faire. Or, attention, c'est risqué ! Il n'est pas en bonne position pour faire des blagues. Lui et sa sœur ont une mission à accomplir et s'ils la réussissent, le dragon les guidera pour quitter le livre et retourner dans leur monde. De plus, à chaque essai, il faut aider le dragon à se lever pour qu'il regarde son reflet dans l'eau du lac, puis il faut l'aider à nouveau à se coucher. C'est très dur et fatiguant. Alors, plus vite ils réussiront ce nez, plus vite, tous les trois seront soulagés.

 

Les voici arrivés à leur dernier essai. Il ne reste plus suffisamment de gomme pour effacer un nez entier. Alors Zag a une idée. Elle dessine le futur nez à même la terre avec un bâton pour proposer des idées de nez au dragon.

- Non, c'est un nez de cochon ! Non, pas comme ça, je ressemble à un singe ! Non, celui-là est tout tordu ! Non, cet autre ne me plaît pas ! Non, tu ne sais pas dessiner !

- Tu me fatigues, dragon ! Je ne sais plus quoi te proposer !

- Regarde Zag, je suis trop fort, j'ai réussi à attraper un...

- Quoi ? Zig, tu t'amuses au lieu de m'aider ? J'en ai marre, moi ! Je dois toujours tout faire !

- Regarde, j'ai attrapé un dragon sans ailes !

- Qu'est-ce que tu racontes encore ??? Mais non, n'importe quoi, c'est un lézard !

- Un lézard ? Fais voir, demande le dragon.

Zig l'approche de ses yeux et le dragon s'écrie :

- Ouiiiiiiiiiiii, je veux un nez de lézard. Vas y, petite, dessine le sur le sable ! Oui Zagounette, tu es trop forte, c'est ce nez là que je veux, avec des narines en relief !

Zag recommence son dessin et le dragon, fou de joie, tend son immense gueule vers la petite fille qui se penche sur lui pour réaliser le fameux nez tant espéré.

Le dessin est fini, les deux enfants aident le dragon à se relever. Il s'approche à grands pas du lac et contemple son image. Il a bien un nez de dragon. Certes, il est un peu tordu car c'est un dessin d'enfant mais cela ne l'empêche pas de respirer. Il prend alors un grand souffle et rejette violemment une flamme rouge sur l'eau bleue. Zig et Zag sursautent. Ils sont tout contents, ils ont réussi leur mission et lui demandent alors comment ils vont quitter le livre et retourner chez eux. Le dragon semble gêné, embarrassé et, pour être précis, très mal à l'aise.

- Quoi ! s'écrie Zig, ne me dis pas que tu ne sais pas, qu'on a fait tout ça pour toi et qu'en retour, tu es incapable de tenir ta promesse, que ton plan s'arrête là ! Je vais garder ma tête de serpent ? On va rester dans le livre ?

Le dragon frotte le sol avec une de ses pattes, il n'ose plus les regarder. Il les entend pleurer. Cela lui fait de la peine car ce n'est pas un méchant dragon.

- Je ne vous ai rien promis, j'ai dit que j'allais essayer... Bon, montez à nouveau sur mon dos, on va aller à la grotte de la sorcière, la solution ne peut être que là-bas !

En un éclair, Zig et Zag survolent le lac et rejoignent la grotte de la sorcière. C'est étrange, quelque chose a changé. La grotte est fermée par une immense porte, verrouillée par une dizaine de cadenas et de serrures. Qui a pu passer et mettre en place toutes ces fermetures ?
On ne peut plus rentrer chez la sorcière ! Les deux enfants pleurent très fort. Ils sont donc à tout jamais prisonniers du livre. Le dragon, lui, rit aux éclats et de sa voix caverneuse, annonce que ce n'est pas un obstacle pour lui. Il lui suffit de bien régler la flamme de son corps et il va brûler cette grosse porte en bois. Il s'entraîne d'abord sur des bois morts qu'il pulvérise d'un souffle de feu. C'est impressionnant.

Enfin, il se tourne vers la porte, envoie sa flamme puissante et... au grand désespoir des deux enfants, il brûle complètement la maison de la sorcière. En embrasant la porte, tous les produits maléfiques de la sorcière se sont enflammés, offrant un véritable feu d'artifice qui explose en plein ciel en rejetant un nuage étincelant de couleurs, d'objets et d'insectes.

Alors se produit l'extraordinaire. Cette explosion magique libère Zig de son sortilège. Son visage reprend forme humaine. Le nez initial du dragon réapparait : il n'est plus tordu maintenant ! Et au milieu des décombres, surgit  un être étrange. Il est très petit et ses oreilles sont longues et pointent vers le haut de son visage. Il est habillé en vert pour mieux se confondre avec la nature. Il parle d'une voix nasillarde tout en regardant les enfants d'un regard curieux et amusé.

- Bonjour, merci d'avoir détruit le repaire de la sorcière du lac. Je suis le chef des elfes de la forêt. J'ai tout vu et je voudrais vous dire que vous êtes des héros. C'est moi qui avais cadenassé la porte pour plus qu'aucun être maléfique ne s'empare du pouvoir de cette mauvaise femme. Mais vous avez fait mieux que moi, vous l'avez détruit à tout jamais. Que puis-je faire pour vous remercier ?

- Pour moi, rien, précise le dragon, mais il faut aider les enfants à quitter le livre et à retourner dans leur monde.

- Je m'en doutais, c'est évident. En plus, j'ai la solution. Suivez-moi...

Un nouveau voyage sur le dos du dragon amène les enfants et l'elfe de l'autre côté du décor. Derrière la forêt, au pied de la montagne se trouve une immense maison taillée dans la pierre calcaire. Le dragon frappe sur la porte avec la pointe de sa queue. La terre tremble... La porte s'ouvre avec fracas sur une créature impressionnante : le cyclope Harus, le maître des lieux.

- Qui dérange mon repos ? gronde le géant à l’œil unique.

- C'est moi, répond le dragon en le fixant avec méfiance.

- Tiens, mon ami, tu as retrouvé ton nez, cela veut dire que la sorcière est morte.

- Bonne déduction... Je viens te demander d'aider ces enfants à quitter notre monde pour rejoindre le leur.

- Oui, je le peux, tu connais mes pouvoirs. Mais il leur faudra répondre à mon énigme.

- C'est quoi une énigme ? demande Zig courageusement.

- C'est une devinette, garçon !

- Facile alors ! Ah ! Ah ! Ah ! Et si on ne trouve pas, on donne sa langue au chat ?

- Si tu ne réponds pas, je te transformerai en statue...à tout jamais !

- Il doit bien y avoir un autre moyen de sortir de là, Dragon, implore Zag.

- Non, le cyclope est le dernier à détenir un pouvoir magique dans ce livre, nous n'avons pas le choix.

- Alors, on t'écoute, répondent les deux enfants en tremblant.

Harus ferme son œil, réfléchit et prononce l'énigme d'une voix d'outre-tombe. Son œil s'ouvre et son regard hypnotise les pauvres petits.

 

 

- Voici l'énigme du maître...

- C'est qui le maître ? murmure une petite voix.

- Tais-toi, Zig, écoute Haros.

" Ô vous, petits êtres venus d'un autre monde, resterez-vous dans ce livre à jamais, statues de pierre qui orneront l'entrée de ma demeure ou retournerez-vous dans votre univers ? Seule la réponse à ma question vous donnera la liberté. Voici l'énigme : Quel est l'animal qui a le plus de dents ? "

- Mince, s'exclame Zag après avoir réfléchi longuement, on peut se concerter mon frère et moi ?

- Oui, vous avez deux minutes pour trouver la solution...

- Bon, c'est le crocodile dit Zig à Zag, ou le requin ou l'homme, oui l'homme, trente-deux dents, tu te rends compte Zag !

- Attends réfléchissons encore un peu, nous sommes dans le monde des contes. Cherchons un animal extraordinaire...

- Le dragon ?

- Non, regarde le nôtre, il n'a pas tant de dents que ça !

Soudain Zag éclate de rire. Elle murmure la réponse à l'oreille de son frère qui rit à son tour. Ils sont d'accord sur la réponse mais doutent encore tant cela leur parait facile. Le cyclope met fin à leurs hésitations en leur ordonnant de répondre avant que les secondes restantes ne soient à jamais écoulées.

 

- Bon, c'est facile, dit Zag, c'est...

- Non, c'est moi qui donne la réponse !

- Non, j'ai trouvé. Alors, c'est à moi de...

- Oui, bien sûr, tu veux toujours faire ton intéressante. Je ne vois pas pourquoi tu...

- A trois, je vous transforme, hurle le cyclope de sa voix tonitruante. Un, deux...

- La souris ! crient en même temps les deux enfants.

Haros s'immobilise. Il les regarde avec étonnement.

- Bon, la réponse était bien "la souris". Petits êtres venus d'ailleurs, allongez vous au sol dans ce cercle dessiné à l'entrée de ma demeure et fermez les yeux. Ne les ouvrez pas pendant que je prononce la formule qui vous renverra chez vous. Visualisez bien dans votre tête l'endroit où vous étiez avant de vous retrouver dans notre histoire, soyez bien concentrés, sinon, vous resterez dans ce livre... A JAMAIS !

Quand Zig et Zag ouvrirent les yeux, ils aperçurent d'abord le dessous d'un matelas, puis en tournant la tête, trois visages à l'envers entre deux pieds pour chacun de ces visages. Ils poussèrent un cri...de surprise et de joie en apercevant leur maman, leur papi et surtout, leur papa. Tous les trois unis dans la même angoisse, la même recherche et le même soulagement.

Il s'était passé quelque chose d'inimaginable. Les enfants avaient bel et bien disparu et voilà qu'on les retrouvait enfin, main dans la main. Si les parents n'avaient pas regardé sous le lit, on aurait pu croire qu'il ne s'agissait que d'un rêve issu de l'imagination des enfants. Or sous le lit, tout à l'heure, il n'y avait personne ! Les trois parents assis sur celui-ci entendirent un drôle de bruit et en se penchant, constatèrent la présence soudaine des petits. C'était inexplicable.

Mais avant les explications, ce fut la joie des retrouvailles.

Avec beaucoup d'excitation, Zig et Zag racontèrent leur histoire. Ils lisaient l'incrédulité dans les yeux des adultes qui cherchaient une explication rationnelle à cette disparition. Ils pensaient à une hallucination collective, il n'y avait pas pour eux d'autre raison possible, mais ils eurent l'intelligence de ne pas contrarier les enfants. L'essentiel était que les petits soient vivants. En revenant dans leur monde, Zig et Zag furent, quant à eux, extrêmement surpris de retrouver leur père chez le grand-père qui hébergeait sa fille et ses deux petits-enfants. Leurs parents, divorcés, étaient ici, pour eux, réunis.
Alors, Zig ramassa le livre, le feuilleta en se promenant mentalement dans les pages et ne s'y trouva pas. Pourtant, le livre se terminait ainsi :

"Quand le dragon retrouve son nez, il peut alors réaliser un rêve d'enfant en échange de la malédiction de la sorcière. Il se regarde dans l'eau et murmure :

Quand cette histoire sera finie, petits enfants,

Vos parents, vous retrouverez,

Unis comme avant,

Dans la nuit des temps..."

La prophétie du livre venait de se réaliser. Troublant, non ?

 

 

Ajouter un commentaire
 

Date de dernière mise à jour : 25/04/2014

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site